Pour donner suite au rapport de la CIASE - Rapport Sauvé - (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise)

Les violences sexuelles dans l’Église catholique Rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église Compilation de ce qui a été dit dans les différents groupes lors des rencontres paroissiales des 19 novembre 2021 et 11 janvier 2022

A la sortie du rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise), présenté par son président Jean-Marc Sauvé, des paroissiens de Saint-François d’Assises ont décidé de prendre le sujet à bras le corps et de proposer à la paroisse de réfléchir ensemble. Vous trouverez ci après les résultats de leurs premières réflexions du 19 novembre 2021:réactions/ réflexions et prise en compte des recommandations de la Commission.

 

Compilation de ce qui a été dit dans les différents groupes lors de la rencontre paroissiale du 19 novembre 2021

 19h30 Eglise Ste Thérèse

Avertissement : Il se peut que les observateurs, en charge de la prise de notes de votre groupe de partage, aient oublié, mal interprété ce que vous vouliez transmettre. N’hésitez pas à les contacter. Il n’y a eu aucune censure, ni correction des propos retranscrits. Seul, un classement a été effectué pour éviter une lecture fastidieuse.

 

Première Partie : "réactions - ressenti" : Faisant suite à l’explication du rapport et de la distribution de témoignages des victimes.

  1. des retours sur l'histoire de la découverte des faits par chacun :
  • Quand il est sorti en salle, je ne voulais pas aller voir le film "Grâce à Dieu" ; mais je l’ai vu à la télé : j’ai été interloquée par la parole des victimes ; j’ai découvert que les victimes n’osaient rien dire ; on leur présentait l’Église comme « une grande famille » ; les agresseurs étaient sur un piédestal ; la parole des enfants était mise en doute ; ils étaient sous l’emprise des adultes et dans la honte. 
  • Je me suis confiée à ma mère ; elle ne m’a pas crue : c’est un deuxième problème ! 
  • Ça a toujours existé mais on le cachait. 
  • 300 000, ça fait beaucoup mais, moi-même, je connais personnellement plus de 10 cas, alors…
  • Comment ça a pu arriver ? On a été aveugle !

 

Élément positif : Enfin des victimes ont pu parler. 

 

  1. le choc, la honte :

 

2.1 la honte à la découverte des crimes :

  • Quand je commence à lire cela (les témoignages des victimes), je ne peux pas continuer, tellement c’est un drame.
  • Le sentiment de honte est aggravé par un sentiment de trahison.
  • C’est monstrueux, inimaginable, un dévoiement des valeurs chrétiennes. - Qu’est-ce qui se passe dans la tête des gens (les agresseurs) pour oser faire ça ? Et certains recommencent 20 ans après !
  • D'une main donner un sacrement, de l'autre agresser, comment cela a-t-il été possible ? Comment le prêtre s’arrangeait avec sa conscience ? Je n’arrive pas à comprendre pourquoi des prêtres et des laïcs ont fait cela. un fait mineur à leurs yeux a détruit des gens pour des années. 
  • En tant que futur prêtre, je suis choqué et déçu par ces hommes qui devaient donner l’Amour du Christ.
  • Il nous faut désormais supporter le regard des personnes qui ne pratiquent pas : ils ne comprennent pas comment on peut continuer à fréquenter des prêtres ! Je vis très mal la situation actuelle dans ma paroisse. 
  • Témoignage d’une situation à Roubaix : le prêtre en charge de l’aumônerie des lycées emmenait des jeunes dans sa voiture. Ceux à qui il ne le proposait pas, se sentaient mis à l’écart, dans l’incompréhension. Quand la vérité a éclaté, les parents de ces jeunes ont mesuré ce à quoi leurs enfants avaient échappé ! Le prêtre a été déplacé, puis a fait de la prison.
  • La grosse majorité des prêtres est bien…Il y a 3% de prédateurs…mais combien de personnes étaient au courant. Dans l’institution où j’étais, ça se savait : « va pas chez celui-là, il a les mains baladeuses ! »
  • C’est un problème de société : il y a des cas partout, dans l’éducation nationale, le sport. 
  • Mais il y en a davantage dans l’Église. Et le fait que ce soit de la part d’un prêtre constitue une circonstance aggravante : il est censé être garant des règles morales, il éduque, il représente l’institution. Cela fait du tort et donne des arguments aux détracteurs de l’Église.
  • Certains n’étaient pas au courant, mais beaucoup savaient. Il y a eu beaucoup de lâcheté.

 

Éléments positifs (ou « atténuateurs » ou « relativisant ») : - ne pas oublier les 97 % de prêtres qui n‘ont jamais agressé ; il y a eu des cas dans l’Éducation nationale aussi… ; je n’ai jamais entendu parler de cela dans mon enfance bien qu’ayant fréquenté beaucoup de mouvements. Heureusement, maintenant on ose parler.

2.2 la honte à la découverte de la manière dont l'Église a réagi :

  • Dès 1985 on connaissait les dégâts causés.... pas de réelle prise de conscience avant 1995 
  • Il y a encore une grande méconnaissance des dégâts sur les victimes chez les chrétiens comme dans la société.
  • Une réponse habituelle : le déplacement (de prêtres …), encore récemment. Pas de dénonciation... prêtres envoyés en Afrique, comme « fidei donum »… cela continue de se produire, en 2004 par exemple…
  • Il y a des évêques qui ont couvert : aussi coupables ! La toute puissance des Évêques : scandaleux ! Il est aberrant que la hiérarchie ait pu couvrir ces gestes. Pour moi c’est inadmissible.
  • Et les papes ? Un film sur Arte montrait que JP II a couvert les Légionnaires du Christ car ses premières préoccupations c’était la baisse du nombre de prêtres et la lutte contre le communisme… et dans les pays communistes on accusait facilement de pédophilie les gens qui dérangeaient le pouvoir, donc JP II ne voulait pas entendre parler d’un tel problème dans l’Église…
  • Le président de la conférence des évêques aurait pu aussi réfléchir avant de parler de priorité pour le secret de la confession : est ce important? C’était mal venu de mettre cela en avant.
  • L’Église est en retard… pourquoi ce refus de dénoncer ? 
  • L’encyclique Humanae Vitae est toujours d’actualité, alors qu’elle est insupportable !
  • On nous propose une prière pénitentielle le 3 décembre !!! On se sent concerné par la souffrance, pas par les conneries !
  • Il parait qu’un diocèse a refusé la venue de la CIASE ! Ça va être difficile de continuer à cacher.

 

Éléments positifs : - Benoît XVI, lui, a commencé à vouloir régler le problème… ; le rapport de la CIASE, demandé par les évêques, a commencé à libérer un peu la parole des gens… ; C’est chouette qu’il y ait ce rapport. Grâce à lui, l’Église peut et doit devenir exemplaire ; les prises de parole de Véronique Margron : super !

 

  1. interrogations sur les conséquences :   
  • Regards des personnes qui ne pratiquent pas : on nous demande comment on peut encore avoir la foi, comment on peut continuer à fréquenter des prêtres...
  • Il y a des personnes qui ont été abusées et qui sont aujourd’hui prêtres, comment est-ce possible ?
  • Désormais j’ai du mal à inviter des prêtres à la maison. Il est difficile d’avoir un lien d’amitié avec un prêtre, on comprend mieux les diacres, qui ont la plupart une vie de famille.
  • On discute là d’un fonctionnement qui nous échappe un peu.
  • Le droit canon semble dépassé… bien qu’il ait été revu en 1983.
  • Conséquences financières : comment ça sera possible ? on va devoir vendre les tableaux (qui ornent certaines églises) ?    
  • Le problème de l’indemnisation n’est pas facile à traiter : l’argent ne résout pas tout et il y a aussi toutes les victimes collatérales qui ne sont pas prises en compte.
  • Je ne suis pas sûr que l’Église soit capable de changer, quand je vois ces jeunes prêtres qui veulent se faire appeler Père.
  • Il faudrait réussir à comprendre pourquoi cela est arrivé. Les prêtres, qu’ils soient évêques ou non, ne vivent pas eux-mêmes ce qui se passe dans une vie de famille, donc ils ne le comprennent pas ; ça n’est donc pas certains qu’ils sauront prendre les bonnes décisions. 
  • Les victimes ne vont pas toutes demander une indemnisation ; ils vont plutôt demander à rencontrer leur agresseur…

 

Éléments positifs : - certains ont abandonné la foi mais sont revenus, merci mon Dieu...

 

4-hypothèses sur les causes :     

 

  • Les prêtres sont sur un piédestal… On les a tellement mis haut ! L’aura des prêtres est trop importante. Pourquoi continuer à les appeler :"mon père "? Soumission envers les prêtres. On dit que notre évêque de Cambrai souhaite qu’on l’appelle « Monseigneur » ! Que penser des signes de puissances : Monseigneur, mon père, mitre… à revoir ! Tous ces signes sont-ils utiles? Dans les villages, le prêtre jouait le rôle de confident, de psychologue, comme le médecin et l’instituteur ; mes parents avaient une grande soumission vis-à-vis du prêtre ; mes grands-parents, mes parents aussi, invitaient les prêtres à certains repas… On les admirait non pour leurs qualités mais parce qu’ils étaient prêtres. Ma mère ne voulait pas que je tutoie un prêtre, trop sacré !
  • On est d’une génération où les parents ne pouvaient pas nous croire. On a répondu à un enfant : Si tu avais davantage prié, tu ne dirais pas ce que tu dis. Les parents avaient une confiance aveugle. J’ai trouvé anormal qu’un prêtre de 50 ans de moins que moi veuille que je l’appelle Père. L’utilisation du mot « Père » apporte de la confusion pour l’enfant qui y voit une relation sécurisée puisque c’est le père. Et pour l’adulte placé sous une autorité.
  • Comment parle-t-on de la sexualité au séminaire ? Aux séminaristes, on parle de la sexualité en général, pas de leur sexualité ! Ou on en parle mais est-ce suffisant ?
  • Il existe une grande solitude chez certains prêtres, ont-ils un accompagnement concernant leur vie affective et sexuelle ?
  • La loi du silence prévaut dans tous les domaines. L’éducation que nous avons reçue n’aide pas à parler ouvertement de ce genre de problèmes.
  • Le mariage des prêtres ? Ça n’a rien à voir puisque certaines personnes mariées commettent aussi des actes pédophiles...
  • Le sacrement du pardon : on prenait le problème par le petit bout de la lorgnette en faisant un lien entre péché - aveu - pardon, au lieu de parler de crime ! On aurait pu au moins ne pas donner l’absolution et dire à l’agresseur de se dénoncer !
  • Il faut placer les abus dans le 5e commandement et non le 6e commandement. Les abuseurs n’ont pas eu conscience de ce commandement.
  • On nous a rapporté qu’un confesseur a dit à une dame : « Vous n’avez pas eu d’enfant (après un certain âge), vous ne devez plus avoir de rapport sexuel avec votre mari. » 
  • Les prédateurs se dirigent vers les séminaires car en étant prêtre, ils auront des enfants à disposition. Cela pose la question du recrutement. Mais cela n’est pas simple car on peut ne pas être prédateur à 25 ans et le devenir !
  • La sexualité est tabou dans l’Église, ce qui n’empêche pas les prêtres de porter des jugements sur la sexualité des chrétiens, et de juger que l’épanouissement sexuel, c’est mal.
  • La culture du pardon a entraîné des dérives. La pénitence, l’absolution : face à un pervers, ce n’est pas adapté. On aurait pu mettre les agresseurs à l’écart, dans les monastères, et les soigner. On avait les moyens de traiter le problème avant que ça devienne un scandale. Des mesures auraient dû être prises il y a 40 ans !
  • Les évêques ont eu peur et ont voulu protéger l’institution.
  • Il est important de préserver le secret de la confession. Mais de même que le secret médical peut être rompu lorsqu’il y a violence sur un enfant, de même le prêtre qui recueille une parole doit agir, à la fois pour aider le pervers et aussi protéger la victime qui elle, n’a pas commis de faute et n’a rien à « confesser ». Il peut subordonner son absolution à la réparation et aux soins.
  • Une chose est d’« entendre » et une autre de « constater ». Il n’est pas évident de prouver les faits et il y a le problème des faux témoignages. D’où la nécessité de vérifier et pour cela d’accompagner.
  • Nos parents seraient choqués de savoir qu’on parle de sexualité dans une église.
  • Mgr Delaporte indiquait déjà les difficultés dans les relations avec les prêtres qui s’isolaient dans leur paroisse. - donc c’est un problème systémique.

 

Éléments positifs :- des prêtres se présentent aujourd’hui comme « serviteurs » plutôt que comme des représentants de Dieu, Le prêtre est moins sacralisé maintenant.

Deuxième Partie : Pour une prise en compte des recommandations de la CIASE : Les propositions suivantes ont été formulées après avoir découvert une sélection de 7 recommandations qui pouvaient concerner la paroisse, ici, maintenant

  1. Établir une cartographie des risques (Recommandations 3-1,5, 45-1) :  On n’a pas l’habitude de repérer les risques (cartographie), il faut le faire. Il faut établir et donner des consignes précises pour la catéchèse, les scouts… comme c’est le cas dans l’éducation nationale, le social ; Dans la mesure du possible, il faut envoyer 2 par 2.
  2. Mettre en garde contre la "survalorisation et (la) mise en surplomb du prêtre" (R 3-1, 3-2, 5), - Ça me choque de devoir dire « mon père » à un prêtre ; on pourrait l’appeler « frère » puisqu’on est tous frères ; ou « monsieur l’abbé » ou « monsieur le curé »…  On peut faire preuve de respect même en l’appelant par son prénom. Le prêtre doit être au service du peuple. - Il y a une grosse réflexion à faire sur l’autorité. Mais c’est difficile car certains ont une « voix », un charisme. L’autorité est liée à la fonction mais elle doit être vécue non comme un pouvoir mais un service.
  3. Revoir la place des laïcs et des femmes, et les modes de gouvernance dans nos églises locales (R 36, 45-2), 
  • Les femmes :
    • Je fais partie d’une EAP. En tant que femme, mes avis sont écartés... - Dans certaines paroisses, pourquoi enfants de chœur uniquement garçons ? 
    • Il n’y a pas de femmes qui prêchent, ni dans les organes de décision.
    • Beaucoup de laïques ont été formées mais sont « sous employées » :  on pourrait par exemple vivre des célébrations de la Parole le dimanche (ou samedi soir) quand le prêtre est absent ou pour le soulager dans son rythme soutenu.

 

  • Les laïcs :

C’est une forme de violence que de supporter des homélies qui n’apportent rien ou qui sont l’occasion pour certains clercs de se faire plaisir… Place des laïcs dans les choix liturgiques ? Lassant de voir les prêtres bâcler une messe par manque de temps et de délégations aux laïcs. Comment oser le dire au prêtre ? Pourquoi ne pas "utiliser" les laïcs "formés" pour des homélies ?

    • Je fais partie d’une EAP. En tant que femme, mes avis sont écartés, et en tant que laïque, mes avis sont ignorés de la part des clercs.
    • Comment parler, dire ce qui nous semblent important, faire remarquer certaines choses à un prêtre ? Comment dire à l’évêque ? Qui décide que les laïcs ont quelque-chose à dire ? Quelle place pour le relais du doyen ? On devrait pouvoir poser des questions après une homélie. Mais on constate que les paroissiens ne vont jamais dire à la fin qu’ils ne sont pas d’accord avec ce qui a été dit ni sur la préparation. 
    • Une personne impliquée dans la paroisse avait entendu parler de problèmes et avait transmis un signalement au curé de la paroisse. Elle n’a jamais été informée de la suite donnée et après on lui a répondu qu’elle n’avait pas à le savoir.
    • Quel est le lieu pour dire, exercer l’esprit critique? EAP ? Relais ? Ne pas se réfugier derrière la « correction fraternelle » ! On a besoin de procédures : cadre, interlocuteurs, suivi, retour…
    • Un souhait : que chacun soit ouvert aux autres paroissiens, que chaque service soit ouvert à tous ! Cela permettrait aux plus timides de trouver leur place.
    • Quand le pape parle il fait appel à notre conscience.
    • La disposition de l’église implique qu’on ne fait pas communauté. Autrefois c’était encore pire car l’assemblée était écrasée par la chaire. Quand avec le covid on a empêché d’utiliser un banc sur deux, on n’a pas pensé aux personnes âgées qui s’appuient sur le banc de devant.
    • Pistes de progrès : - une EAP peut rencontrer l’évêque ou le vicaire épiscopal en dehors de la présence du curé ; le fait que les curés restent moins longtemps qu’avant sur une paroisse nous rend plus riches ; Il y a des progrès dans la société civile, il faut qu’ils atteignent l’Église !

 

  1. Développer la conscience critique, notamment chez les jeunes (R 3-3, 6, 7-1,45-3)
  • Favoriser l’exercice de la conscience critique en toute occasion. Ne pas oublier les jeunes. Les écouter ; qu’ils puissent dire... Même s’ils sont bavards, les écouter… en particulier en catéchèse. (Sinon) les jeunes risquent davantage de faire leur réseau en dehors de l’Eglise et de la famille. (Je trouve la 3ème partie de la recommandation 3 et toute la 7 géniales.)
  • Les enfants y gagneraient en maturité à écrire vraiment les prières qu’ils lisent lors de célé.  
  • Être vigilant à repérer le détournement des paroles bibliques : ex « celui par qui le scandale arrive ». On est là pour faire grandir les autres, pas pour éloigner les âmes de Dieu.
  • Écouter, accompagner nos petits-enfants.

 

  1. Enseigner que la profanation d’un sacrement... (R 9)
  • Bien clarifier le positionnement de chacun dans le sacrement de réconciliation : l’enfant ou la personne qui vient dénoncer un abus n’a rien à se faire pardonner. Le prêtre peut le signifier en sortant du confessionnal et en enlevant son étole.
  • Si c’est un agresseur qui est venu se confesser, le prêtre peut refuser l’absolution tant qu’il n’y a pas réparation. Et surtout, l’important est que celui qui recueille la parole fasse quelque chose. 
  • Il a été rappelé que la dénonciation, c’est pour protéger ; la délation, c’est pour nuire.

Éléments positifs : 

  • Autrefois, avant d’entrer dans une église, on expliquait aux enfants qu’on n’avait pas le droit de toucher, qu’il fallait surveiller son comportement. Maintenant on est davantage à leur écoute.
  • L’Église doit suivre les progrès de la société civile concernant la protection des enfants, des femmes… (par exemple) la conscience critique est déjà donnée à l’école.
  • L’Église catholique sera-t-elle capable de conduire ce changement ? Nous, laïcs, on est prêts ! On souhaite être impliqués dans les décisions de l’évêque. (Mais) des groupes se forment chez les prêtres et les laïcs d’où la difficulté de parler d’une seule voix.   
  • Découverte qu’on peut devenir pédophile au « cours de la vie »… ce qui montre la complexité du problème et évite les jugements simplistes. Mais cela nous invite à une très grande vigilance !

Remarques diverses : Pour cette soirée, nous aurions dû partir de la décision des évêques.

 

Rapport Sauvé (2) : suites de notre travail en paroisse

Comme annoncé, voici le compte rendu de la rencontre du 11 janvier 2022

Environ 25 participants, à travers 4 ateliers :

             - Cartographie des risques,

             - Surplomb des clercs ou des laïcs ,

 - Place des femmes, des filles, et des laïcs en général  

    dans la vie de l’Église,

             - Éveil de la conscience critique

ont fait des constats, et des propositions d’améliorations de ce qui existe déjà. 

Les propos recueillis lors de cette rencontre proviennent de personnes de la paroisse mais aussi d’autres paroisses du doyenné. Ces propos ont été simplement mis en ordre en les classant par thème, sans essayer de les interpréter.

Bonne lecture !

Retenez dès à présent la date de la prochaine rencontre prévue pour traduire en actes les pistes ouvertes : 

 Jeudi 3 mars à 19h30 dans l’Église Ste Thérèse

Atelier 1 - Éléments pour une cartographie des risques

(Paroisse St François d’Assise – Douai – mardi 11 janvier 2022)

Hôte : JJ Carpentier

Quels risques ?

1 Pour l’enfant ou la personne vulnérable : (voir les formulations du rapport Sauvé)

2 Pour l’adulte en responsabilité (prêtre, animateur laïc…) : risque d’être accusé à tort – un 

    jeune qui accuse peut lui aussi être accusé de mensonge ou d’affabulation

3 distinguer deux niveaux de risque (mais qui peuvent être liés) : les risques d’agression 

    (physique, sexuelle, mentale…) et les risques d’emprise, de domination.

 

Description de la situation et conséquences (comme autant de signes) :

>Jeune qui veut soudainement ne veut plus participer à un groupe

>Personne qui n’ose plus s’exprimer, donner son avis

>Constat d’une relation d’autorité « absolue » [exercice d’un pouvoir quand on attendait une autorité qui rend chacun auteur].

 

Lieux potentiels :

1 enfants :

  > enfants de choeur

  > scouts (notamment camps)

  > caté (notamment pèlerinages)

  > écoles (catholiques – notamment classes de découverte)

  > chorales d’enfants

  > aumônerie

2 adultes :

  > Tout groupe d’adultes regroupant des personnes potentiellement fragiles (pour ne  

      stigmatiser personne, répertorier ces groupes de manière exhaustive]

3 des lieux :

  > presbytère, sacristie, locaux paroissiaux où des jeunes sont accueillis

4 une situation :

  > cas d’un adulte (prêtre ou laïc engagé) qui fréquente trop assidûment une famille, s’y   

     « incruste »…

 

Éléments de maîtrise existants et mesures de prévention à prévoir :

Des postures :

> développer une culture de la vigilance [mais pas de manière obsessionnelle], même si on est  

     extérieur à l’encadrement ; et ne pas « attendre » pour intervenir…

> être attentif aux changements d’attitude des enfants (rôle des parents) ou personnes 

    vulnérables (les mettre en confiance, qu’ils et elles osent parler).

Des outils :

> mettre en place un règlement intérieur pour groupe constitué ; on y trouvera notamment :    

       - des indications sur les comportements attendus des uns et des autres,

       - une « fiche contact » permettant à tout participant d’en référer à une autorité supérieure   

         pour, le cas échéant, dénoncer ce qui doit l’être ;

> veiller à ce que tout intervenant ait reçu une formation le préparant à ses missions ;

> établir un document qui « cadre » l’exercice de l’autorité des personnes qui sont en charge 

    de l’exercer ;

> exiger de chaque groupe qu’il explicite ses missions, les services qu’on attend de lui et aussi 

    la « pédagogie » qu’il a pour projet de mettre en œuvre ; et qu’il communique largement le 

    document ainsi établi.

 

Remarque quant à la méthodologie à mettre en œuvre pour établir la cartographie attendue : (1) mettre en valeur le positif des actions et relations en place MAIS aussi : (2) identifier les « lieux » à risques, (3) au titre de notre coresponsabilité au sein de l’Église, être vigilants 

(4) renvoyer à chaque groupe de se donner un outil de cadrage de son action et de le communiquer (5) mettre en place des instances de suivi [(6) passer à autre chose (---> Synode)]

 

Atelier 2 : "surplomb-survalorisation" clercs et laïcs

Hôtes : Pascal et Luc

Thème de l’atelier :

Rechercher les signes de puissance : le vocabulaire, la terminologie employée, les positions inamovibles, les prises de pouvoir, les pressions exercées, la place dans la liturgie, la disposition dans les célébrations qui favorisent la survalorisation cléricale ou laïque. Quelles propositions pour changer la situation ?

En ce qui concerne le clergé : 

 

Vocabulaire

  • Père ?  Est-ce le terme à utiliser? Monseigneur ? Le prêtre n’est pas un surhomme. Il est baptisé, notre frère, même s’il a des (autres) connaissances. Les laïcs doivent abandonner la situation de dépendance : "il faut demander à un prêtre ". Nous ne sommes pas un "troupeau". Beaucoup paraissent contents de suivre... Pourquoi le prêtre serait-il le "PDG" de la paroisse ? Il a "cure", dans le sens " prendre soin et être au service". Il a été dit : je refuserai toujours de dire : Père.  Qu’est-ce que cela signifie qu’un clerc demande (exige, signe, … ) cette appellation ? Une autre a dit : je dirai toujours Père : c’est mon berger, je fais partie de son troupeau, il me guide.
  • Le prêtre "préside" une célébration et "prononce une homélie".  Le laïc "conduit" et " commente la Parole". Questionnement : Le clerc ne doit-il pas accepter, comme tous, la remise en question ? On subit toujours la même verticalité, (du diocèse... autre...), on ne sait rien. Doit-on tout subir ? Accepter ? 

Place dans la liturgie, disposition

  • Homélies : longues, inutiles, dédaigneuses.... Non respect de ce qui a été préparé (proposé) par l’équipe liturgique. Est-ce imaginable d’intervenir lors d’une célébration ?
  • Pourquoi l’espace « sacré ???... du chœur ? »

En ce qui concerne les laïcs : 

 

  • On ne sait rien des différents groupes paroissiaux : ni qui, ni quand, ni quoi, ni pourquoi… Cela nous conforte dans notre non envie de participer à quoi que ce soit.  On laisse faire,  on consomme, on attend. Donc, ceux qui sont en place, restent.... il n’y a personne pour prendre la place. Cela donne mauvaise conscience : les prises de pouvoir sont évidentes dans certains groupes, mais ....

Cela a été décortiqué en creux, par des constats et surtout des propositions d’amélioration de l’existant :

Amélioration de l’existant :

  1. Une présentation annuelle de tous les groupes à la communauté :

Projet, mode de gouvernance (au minimum, 2 coordinateurs), durées déterminées mandats, (même si cela aboutit ou risque d’aboutir à une déshérence de poste), mode de supervision, engagement de communications de ce qui se fait (site, affichage régulier...), propositions d’ouverture aux candidats....

Pourquoi pas une "fiche de description du poste ? Contrats de bénévolat ? 

  1. Oser intervenir : mais comment dire? Où ? A qui ?

Il faudrait une structure, qui saurait analyser, et proposer une remédiation. Mais attention à ne pas créer un « super pouvoir laïque !! » 

  1. Lieu, moment de relecture à créer : libre parole, oser dire, intervenir. Une rencontre annuelle, lors d’un dimanche. (Incarner l’Eucharistie dans la réalité humaine .... Église domestique) ...
  2. Réfléchir au "projet" de la paroisse avec le Pasteur, qui est conjointement avec les Laïcs, au service de ce projet. Faire le point ensemble et accepter d’être remis en question, ensemble.
  3. Revoir la configuration de l’église :

Place de l’autel ? Le célébrant est avec nous. Pourquoi pas redessiner la disposition de l’assemblée : on n’est pas au spectacle ! Ça s’est déjà fait et c’était plutôt pas mal.

Atelier 3 : Place des femmes, des filles et place des laïcs dans la vie de l’Église

Hôtesses : Christine et Isabelle            

Thème de l’atelier :

  • Place des femmes, des filles dans la vie de l’église : identifier les structures, les lieux, les situations dans lesquelles les femmes ne sont pas considérées à l’égal des hommes. Quelles propositions pour changer la situation ?
  • Place des laïcs dans la vie de l’église : identifier les structures, les lieux, les situations dans lesquelles les laïcs ne sont pas considérées à l’égal des clercs. Quelles propositions pour changer la situation ?

Idées principales émises :

  • Observer et regretter la disjonction (définition du dico : séparation anormale), le décalage entre l’évolution de la société et celle de l’Église vis-à-vis des femmes.
  • Souhaiter que des décisions collégiales soient prises, tant au niveau diocésain que paroissial, pour harmoniser les pratiques

Pour cela, 3 pistes :

  1. Améliorer l’existant
  2. Réactiver ce qui a été mis en veille
  3. Développer de nouveaux moyens

Améliorer l’existant :

    Place des femmes, des filles dans la vie de l’église 

  • Demander un statut identique entre les hommes et les femmes dans les différentes missions confiées (servantes d’autel, diaconat pour les femmes...) (refus des filles comme servantes d’autel dans certaines paroisses) 
  • Féminiser ou équilibrer la présence de femmes, à compétences égales, dans les lieux où elles sont absentes (pas de femme au Conseil économique)
  • Féminiser ou équilibrer la présence de femmes pendant la formation des séminaristes et dans leurs célébrations (s’ils ne côtoient pas de femmes pendant ces années de formation , ils n’auront pas pris l’habitude de travailler avec elles)
  • Être vigilant sur le choix des personnes donnant la Communion : un homme, une femme (depuis quelques temps, les femmes ne sont pas sollicitées par le laïc en charge de confier ce service à la messe) 
  • ⇒ Besoin d’une autorité (collégiale) sur qui s’appuyer pour faire appliquer l’égalité d’accès aux diverses responsabilités

Place des laïcs dans la vie de l’église 

  • Unifier les pratiques pastorales entre les prêtres (à la fin de messes, les futurs baptisés sont accueillis -ou pas - selon le prêtre. Même problème pour la liturgie et la souplesse -ou pas- de certains prêtres ou laïcs)
  • Associer des laïcs dans les prises de décisions (souhaits de décisions collégiales, tant sur le plan diocésain que paroissial)
  • Solliciter les laïcs formés, au niveau de leurs compétences, (de leurs envies et de leurs disponibilités)
  • Aider à la gestion du temps des prêtres et/ou des laïcs (le manque de temps entraîne un manque d’occasions d’échanges informels qui permettraient de pouvoir se dire les choses)

Réactiver ce qui a été mis en veille :

  • Remettre en service le Conseil de paroisse pour des décisions collégiales
  • Réactiver les ADAP : Animation de messe en l’absence de prêtre en sollicitant les laïcs formés (pour alléger le rythme parfois trop soutenu de nos prêtres)
  • Réactiver un temps fort (à la rentrée par ex.) où tous les mouvements et services se présentent aux paroissiens afin que ceux-ci : 
  • sachent ce qui se vit dans la paroisse
  • puissent s’engager en connaissance de cause dans l’un ou l’autre service

       Développer de nouveaux moyens :

  • Soulever la question de l’ordination des femmes au diaconat (ou demander pourquoi cela n’existe pas) 

Atelier 4: Développement de la conscience critique

Hôte : Yves-Marie

Thème de l’atelier :

Développement de la conscience critique : identifier les lieux, les situations qui permettent la réflexion, l’expression et le débat en toutes circonstances. Quelles propositions pour développer cette conscience ?

Idées principales émises :

  • Développer la culture du dialogue
  • Lutter contre la méconnaissance de ce qui se fait

Pour cela, 3 pistes :

  1. Améliorer l’existant
  2. Réactiver ce qui a été mis en veille
  3. Développer de nouveaux moyens

Améliorer l’existant :

  • Échanger entre paroisses pour confronter les points de vue et s’enrichir mutuellement.
  • Laisser une place aux enfants et aux jeunes dans nos célébrations (ex la table de dessin à Ste Thérèse où les enfants peuvent s’exprimer librement : c’est à dire ne pas leur faire faire des choses, mais leur donner la possibilité de faire comme ils l’entendent). Leur faire une place particulière lors des temps forts de la liturgie.
  • La culture du dialogue existe dans divers groupes, ou entités. Aller voir leur façon de faire pour s’en inspirer (autres paroisses, église évangélique, équipes Notre-Dame, partages d’évangile, …)
  • Profiter de la semaine de l’Unité pour échanger.
  • Mieux utiliser les moyens de communication actuels (par exemple, chaque mouvement ou service pourrait avoir sa page sur le site internet de la paroisse).
  1. Réactiver ce qui a été mis en veille :
  • Remettre en service le conseil de paroisse (regroupant les différents acteurs de la paroisse) en invitant tous ceux qui le souhaitent à venir y assister (et à poser au préalable par écrit les questions qu’ils voudraient voir aborder).
  • Réactiver le conseil de doyenné et les réunions inter-eap du doyenné.
  • Organiser à nouveau des « dimanches autrement » durant lesquels les mouvements et services pourraient exposer ce qu’ils font, et ouvrir au débat.

Développer de nouveaux moyens :

  • Mettre en place une culture de la relecture (formation) de façon à ce que chaque mouvement et service relise régulièrement son vécu, et que chaque événement important vécu soit relu (exemple : messe de Noël, film événement, etc …)
  • Inventer un moyen de collecter les questions et suggestions que chacun peut se poser, pour pouvoir organiser un débat sur le sujet.
  • Diffuser les questions sur la feuille de semaine (la question de la semaine)
  • Dans les célébrations, inviter les personnes à s’exprimer lors des annonces (ou au moment de l’échange de Paix ?).
  • Favoriser la disposition des assemblées et réunions pour que tout le monde se sente traité à égalité (pas de surplomb).
  • Organiser des événements pour permettre aux personnes de se rencontrer, d’échanger, de débattre (Conférence-débats avec des intervenants compétents, pique-niques-débat, sorties découvertes, we pèlerinage, etc …)

Article publié par Paroisse St François d'Assise Douai • Publié le Jeudi 23 décembre 2021 • 519 visites

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